Intervention du PCOF au meeting de la Bellevilloise, pour le centenaire de la Révolution socialiste d’Octobre 1917

Grand succès du meeting sur le centenaire de la Révolution d’Octobre 1917, le 11 novembre à la Bellevilloise (mise à jour)
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Intervention du Parti Communiste des Ouvriers de France au meeting du 11 novembre, sur le centenaire de la révolution d’Octobre 1917, organisé par le PCOF, à la demande de la Conférence Internationale des Partis et Organisations Marxistes Léninistes.

 

Chers amis, chers camarades

Nous voici dans la deuxième partie de ce magnifique meeting, marqué par l’enthousiasme révolutionnaire des jeunes de l’Union des Jeunes Révolutionnaires, qui viennent de nous faire vibrer. Un meeting marqué par l’esprit révolutionnaire et internationalise de nos camarades des partis et organisations marxistes léninistes d’Europe ici présents : ceux de la conférence internationale de partis et organisations marxistes léninistes, la CIPOML comme nous le disons, qui se sont exprimés dans la table ronde et qui nous ont donné envie de leur poser encore et encore des questions sur la situation dans leur pays et sur les avancées de leur travail (1)

Sans oublier les camarades de partis venus de loin, qui sont dans la salle,

Permettez-moi de les saluer :

les camarades du Parti Communiste Marxiste Léniniste d’Equateur ,

les camarades du Parti Communiste du Mexique (marxiste léniniste) ;

les camarades du Parti Communiste du Travail, de République Dominicaine ;

les camarades du Parti des Travailleurs de Tunisie ;

les camarades du Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque ;

les camarades du Parti Communiste du Bénin

ils sont venus de loin, à l’appel de la CIPOML, pour participer avec les partis et organisations marxistes léninistes d’Europe, à cet hommage que nous rendons aujourd’hui aux ouvriers, aux paysans, aux soldats, de la Russie, qui ont entrepris la grande œuvre de la Révolution, en octobre 1917, à ceux et celles qui ont pris le pouvoir pour renverser le système capitaliste impérialiste et qui ont immédiatement commencé la construction du nouveau monde, le socialisme, cet objectif que nous partageons aujourd’hui, plus que jamais.

C’est l’objectif pour lequel des milliers de communistes en Russie, ont donné leur vie, ont travaillé sans relâche, avec un courage immense et une confiance absolue dans la classe ouvrière, dans les masses populaires, dans les peuples, de la Russie. Nous saluons nos aïeux, les communistes organisés dans le glorieux Parti communiste bolchévique, avec des dirigeants comme le grand Lénine, dont la vision historique, la détermination, le sens politique ont été salués partout dans le monde, y compris, à l’époque, par certains de ses adversaires.

Nous saluons ces communistes et leur parti, qui ont dirigé la révolution socialiste qui continue à hanter les réactionnaires, les anti communistes, les révisionnistes de tous poils… tous ceux qui, aujourd’hui, réécrivent l’histoire de la révolution de 1917 et qui auraient tant aimé que la roue de l’Histoire s’arrête en 1905, ou en février 1917, quand il était encore possible, à leurs yeux, d’en rester à l’instauration d’une bonne et soi disant consensuelle démocratie parlementaire bourgeoise, celle qu’ils connaissent bien et qu’ils considèrent comme le summum de la transformation sociale et politique.

Oui, la révolution a triomphé en 1917 et le socialisme a commencé à être édifié.

Et si l’expérience historique de la construction du socialisme s’est arrêtée dans les années cinquante et si la contre révolution khrouchtchévienne et de tous les révisionnistes qui l’ont suivi, ainsi que la réaction mondiale, à commencer par l’impérialisme US ont liquidé le socialisme en URSS, cela n’invalide en rien la réalité historique du triomphe de la révolution et du processus d’édification du socialisme.

Bien sûr, cela soulève de grandes questions, que nous n’allons pas traiter ici ; mais sachez que cette réflexion mobilise tous les partis et organisations marxistes léninistes de la CIPOML qui luttent plus que jamais pour le triomphe de la révolution aujourd’hui et pour le socialisme.

Nous allons, dans un premier temps, revenir sur quelques unes des grandes leçons de la Révolution de 1917, avant d’aborder dans le deuxième point de notre intervention,  la question de la nécessité et de la possibilité de la rupture révolutionnaire aujourd’hui, pourquoi et comment nous, le PCOF, nous posons cette question.

 

Il y a 100 ans, les 7 et 8 novembre 1917 (25 et 26 octobre dans l’ancien calendrier russe), la révolution des Soviets ébranlait le monde.

La guerre, qui sévissait depuis l’été 1914, avait montré dans toute son horreur, ce qu’est le capitalisme au stade de l’impérialisme : un système d’exploitation et d’oppression, prêt à tout pour garantir les profits des monopoles.

Elle avait aussi consacré la faillite totale et honteuse de la IIème Internationale, dont les principaux partis avaient sombré dans la défense de la patrie impérialiste et dans la collaboration de classes avec leur propre bourgeoisie, au nom de l’effort de guerre. En France, ce fut à l’époque « l’union sacrée » !

A une plus petite échelle c’est ce que les Sarkozy, Hollande, Macron ont essayé de faire, en appelant à l’union nationale dans la guerre contre le terrorisme, alors que ce sont les guerres impérialistes, auxquelles la France participe, qui l’alimentent.

En Russie, les Bolchéviks étaient restés fidèles à l’esprit de l’internationalisme prolétarien. Ils avaient appliqué la tactique léniniste de « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile », c’est à dire en lutte révolutionnaire des ouvriers, des paysans et des soldats pour arracher le pouvoir à leur propre bourgeoisie. 

Une des toutes premières mesure, prise dès le 8 novembre 1917 par le IIème Congrès des Soviets, fut l’adoption du « Décret sur la paix » proposé par Lénine : une paix immédiate, avec publication de tous les traités secrets ; une paix sans annexion et sans contribution de guerre, reconnaissant à tous les peuples dominés le droit de se séparer, et permettant aux prolétaires de tous les pays de s’unir au lieu de se combattre.

 

Quelques mois auparavant, en mars 1917, la Révolution dite de « Février » avait entraîné la chute du tsar. Soulevés contre la guerre et la famine, les ouvriers et les paysans en capote militaire avaient renversé l’autocratie. Mais le « Gouvernement provisoire » issu de cette révolution était un gouvernement bourgeois et pro-impérialiste. Dirigé par la bourgeoisie libérale, puis par une coalition de forces que nous appellerions aujourd’hui « sociaux-démocrates » ce gouvernement ne répondit à aucune des aspirations fondamentales de la classe ouvrière et de la grande masse des paysans russes. Le Parti bolchevik expliqua alors sans relâche qu’il fallait aller plus loin que cette révolution bourgeoise qui mettait en place un régime de démocratie parlementaire semblable à ceux qui existaient dans les Etats capitalistes occidentaux. Il expliqua sans relâche qui fallait passer à l’étape de la révolution SOCIALISTE et lança le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ! »

Une telle révolution, socialiste, signifiait une rupture complète avec toutes les institutions de l’Etat bourgeois. Comme l’avaient montré leçons de la Commune de Paris, il fallait le « briser de bas en haut ». Comment ?

  • dissolution de la Douma (le parlement russe) et transfert de tout le pouvoir aux conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans ;
  • destitution du Gouvernement provisoire et mise en place d’un conseil des commissaires des peuples désigné par les Soviets ;
  • mise en place d’une nouvelle administration révolutionnaire avec des hommes et des femmes issus de la classe ouvrière et du peuple ;
  • remplacement de la milice du gouvernement provisoire, qui avait gardé beaucoup de caractéristiques de l’ancienne police tsariste, par des milices populaires ;
  • création d’une armée rouge…

C’est ainsi que vit le jour un pouvoir de type inédit : une république SOVIETIQUE qui fut la forme en Russie de ce que Marx avait appelé la « dictature du prolétariat », en opposition à la dictature de la bourgeoisie qui s’exerce y compris dans les Etats bourgeois les plus démocratiques.

 

Pour la première fois, dans l’histoire de l’Humanité, le pouvoir n’était pas passé des mains d’une classe exploiteuse dans celles d’une autre classe exploiteuse. La propriété privée des grands moyens de production et d’échange fut abolie et un véritable « contrôle ouvrier » fut mis en place dans les entreprises.

D’importantes mesures furent prises en faveur des travailleurs, comme la journée de 8 heures et les assurances sociales. Un effort considérable fut fait en matière d’instruction publique et de lutte contre l’analphabétisme, de façon à ce que tous les travailleurs, « simples ouvriers ou paysans, sans distinction de sexe » puissent EFFECTIVEMENT prendre en mains la direction de l’économie et des affaires du pays. Qu’ils puissent accéder massivement à la culture, à la littérature, à l’art, aux sciences… bouleversant les conditions de la production culturelle et scientifique.

A la campagne, les terres arrachées aux grands propriétaires fonciers furent mises à disposition des comités agraires et des soviets de députés paysans.

Les femmes, qui avaient été nombreuses et actives dans le processus révolutionnaire, acquirent des droits civiques inouïs à l’époque : le droit de vote, la laïcisation du mariage, le droit à l’avortement….

Les bases économiques de leur oppression spécifique furent profondément sapées.

 

Comme toutes les véritables révolutions, cette révolution socialiste ne s’est par faite par la voie électorale, mais par une insurrection.

Ceux qui en sont encore effrayés aujourd’hui, la présentent comme un putsch organisé par les Bolcheviks. Ce n’est pas la réalité. Depuis des mois, se développaient, toujours plus puissantes, des grèves, des manifestations de rue à caractère politique, des émeutes de paysans pauvres, des révoltes de soldats… Alors oui, ce sont donc bien les masses ouvrières, les paysans, les soldats et les marins qui ont fait la Révolution d’Octobre… et non une petite minorité de complotistes rouges comme on voudrait nous le faire croire !

Mais sans la direction politique du Parti bolchevik, jamais ils n’auraient pu gagner.

Prenons un peu de temps pour développer cette importante question.

Les réformistes avaient laissé la classe ouvrière à la traîne de la bourgeoisie libérale.

Les bolchéviks l’avaient dotée d’une théorie, d’un programme et d’une organisation révolutionnaires : un parti forgé dans la lutte contre tous les courants bourgeois et petit-bourgeois, (« populistes », anarchistes, « économistes », « socialistes -révolutionnaires » ou « mencheviks »). Seul un parti de ce type fut capable de conduire la révolution jusqu’ à l’instauration d’un pouvoir ouvrier et paysans.

Une des conditions de cette victoire, c’est l’alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie que Lénine et les Bolcheviks défendirent contre tous les courants gauchistes qui refusaient la construction de ce front populaire révolutionnaire sous la direction de la classe ouvrière et de son parti.

 

Cette révolution a donc montré que les ouvriers, les travailleurs, les paysans, les peuples, avaient la force et les moyens de renverser un système social, économique et politique réputé immuable, qui les condamnait à la misère, à l’obscurantisme et à la mort sur les champs de bataille. Mais elle a aussi montré le rôle décisif d’une direction politique révolutionnaire.

Cette direction, le Parti bolchevik l’a exercée en mettant en avant des mots d’ordre qui synthétisaient les exigences ouvrières et paysannes :

  • la paix, la terre, le pain et…
  • « tout le pouvoir aux Soviets » !

En défendant ces revendications, il a dirigé l’expérience des masses, il les a détachées de l’influence des réformistes et a pu faire en sorte qu’elles s’emparent de son programme de rupture révolutionnaire avec le système capitaliste.

 

La révolution socialiste d’Octobre a éclaté là où le maillon de la chaîne impérialiste était le plus faible. Elle a été immédiatement un formidable point d’appui pour les travailleurs et les révolutionnaires du monde entier qui ont eu à cœur de la défendre. Ce fut le cas, par exemple des courageux « Mutins de la Mer Noire » : soldats français envoyés combattre la révolution russe aux côtés des armées blanches contre-révolutionnaires, ils refusèrent de frapper leurs frères de classe.

Dans le sillage de la Révolution d’Octobre, des soviets virent le jour dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Hongrie où ils furent trahis et violemment réprimés par la social-démocratie redevable, en Allemagne, de l’assassinat des spartakistes Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.  

Cet Octobre rouge apporta une juste solution à la question nationale dans la future Fédération des républiques socialistes soviétiques. Cela donna un essor important à l’éveil des peuples dominés et des nations opprimées partout dans le monde,

Dans les pays impérialistes, les révolutionnaires s’emparèrent des leçons de la Révolution ruse sur la nécessité de combatte son propre impérialisme et de soutenir les luttes d’émancipation dans les colonies. 

C’est ce que fit quelques années plus tard, le tout jeune PCF qui combattit la guerre coloniale du Rif (au Maroc) et l’occupation de l’Allemagne par l’impérialisme français. Nous nous réclamons de ce PCF, qui a appliqué à l’époque l’internationalisme prolétarien.

Partout, les internationalistes qui s’étaient courageusement élevés contre la guerre et les trahisons des dirigeants de la IIème internationale se trouvèrent confortés.

De nouveaux partis communistes naquirent et bientôt put être convoqué un congrès de fondation d’une nouvelle internationale : la Troisième internationale, COMMUNISTE, fondée sur les bases du marxisme-léninisme, c’est dire du marxisme appliqué aux conditions de la révolution, à l’époque de l’impérialisme. 

 

Un siècle s’est écoulé, avec beaucoup de changements politiques, économiques, sociaux, avec une extension de l’exploitation capitaliste et du pillage impérialiste, avec de nouvelles guerres, avec des anciens partis communistes qui ont à leur tour sombré dans le réformisme et l’électoralisme… Mais la question d’une rupture révolutionnaire avec le système capitaliste impérialiste est toujours posée. C’est pour cela que cette expérience de la Révolution d’Octobre nous est encore si précieuse aujourd’hui.

Voilà, chers camarades, chers amis les principales leçons que nous tirons de la révolution socialiste d’Octobre 1917.

La révolution d’Octobre est la première révolution à l’ère de l’impérialisme, l’impérialisme qualifié de stade suprême du système capitaliste, le stade où ce sont les monopoles qui dominent l’économie et se sont asservis les Etats, où la concurrence se fait entre les monopoles, entre les Etats impérialistes et entre puissances impérialistes, une ère où le système entre en crise profonde, où il prend un caractère réactionnaire dans tous les domaines, où la course au profit maximum, pour les détenteurs de capitaux, pour les riches toujours plus riches, va de pair avec l’appauvrissement toujours plus grand de millions d’être humains.

C’est contre ce système qui domine toute la planète, qui sévit aussi bien aux Usa, qu’en Europe, en Chine, en Asie, en Afrique… que nous nous battons aujourd’hui ; un système en bout de course, qui ne s’effondrera pas de lui-même et qui ne se maintient qu’en détruisant toujours plus de forces productives, un système totalement parasitaire qui vit au crochet des sociétés.

L’impérialisme, c’est un système mondial où d’immenses richesses sont crées, mais ne profitent qu’à une infime minorité. Juste quelques chiffres : selon les calculs sur le patrimoine, avec toutes les réserves qu’on peut avoir sur cet indicateur, 10% de la population mondiale détient 86% du patrimoine, alors que 70% des habitants de la planète ne de détiennent que 3% de ce patrimoine.

Parmi les riches, les super riches qui représentent moins de 1% de la population mondiale détiennent 41% du patrimoine. La moitié de l’humanité n’a pratiquement aucun patrimoine.

Pour ce qui est de la France : les 1% des plus riches détiennent 17% du patrimoine, les 50% des pauvres, 1%. Entre 2004 et 2014, la pauvreté a augmenté de 1,2 millions de personnes, une pauvreté qui touche majoritairement les jeunes, plus de 23% des jeunes entre 1 an et 19 ans ; 11 % dans la tranche 19-29 ans. Avec les dernières mesures fiscales de Macron, cette situation est déjà en train de s’aggraver, d’autant qu’elles s’inscrivent dans une politique générale en faveur des riches et des patrons.

L’impérialisme, c’est un système mondial où les contradictions entre puissances impérialistes se règlent à coups de guerres, directes ou indirectes ; provoquant d’immenses destructions humaines et matérielles. Des pays entiers sont ramenés des dizaines d’années en arrière, sont démembrés, comme l’Irak, la Syrie, d’immenses migrations forcées traversent tous les continents. L’impérialisme français est engagé militairement quasi sans interruption depuis la seconde guerre mondiale en Afrique et aujourd’hui, les armées sont engagées au Moyen Orient. Les flux ininterrompus de populations chassées par les guerres traversent l’Afrique, le Moyen Orient, et une petite partie essaie d’atteindre l’Europe hérissée de murs, de camps, des militaires et des policiers déployés sur les mers, dans les airs, sur terre, chassent les migrants sans défense à coups de matraques, de milliers de grenades. Ça se passe en Europe, au 21ème siècle, ça se passe ici, en France, comme dans les autres Etats de l’UE.

L’impérialisme est un système dans lequel la règle générale est la course au profit, la transformation de tout en marchandise, le diktat de monopoles ayant la puissance économique de pays entiers. Ce système menace l’environnement et la planète elle-même. Monsanto, pour ne citer qu’un de ces monopoles pollueurs, continue à empoisonner au niveau de la planète entière. Mais il faudrait aussi citer les Areva et les lobbies électro nucléaires, qui arrivent, avec la complicité des Etats, à prolonger la vie des réacteurs et des centrales dangereuse, faisant courir des risques incalculables aux populations, aux travailleurs de ces centrales et laissant en « héritage » des montagnes de déchets radioactifs. Les 10% des personnes les plus riches dans le monde sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre du fait de leur mode de vie, alors que les 50% les plus pauvres ne sont à l’origine que de 10% de ces émissions. C’est l’ONG Oxfam qui le dit.

Je vais m’arrêter là dans cette description qui aboutit à la conclusion simple dans sa formulation ; ce système doit être détruit, de fond en comble et remplacé par un autre système, le socialisme.

Aujourd’hui, comme en 1917, les communistes, les révolutionnaires travaillent à renverser ce système d’exploitation de pillage et de domination ; ils y travaillent dans chacun de leur pays et au niveau international, en se soutenant mutuellement, en concentrant nos coups et nos efforts, sur ce que Lénine a défini comme les maillons faibles de la chaîne impérialiste ; là où elle peut se rompre sous les coups d’un mouvement révolutionnaire. C’est une des taches de la Conférence Internationale des partis et organisations marxistes léninistes.

Cela m’amène à revenir sur l’importance de la compréhension et la maîtrise de la méthode d’analyse marxiste léniniste, celle des bolchéviques : l’importance des critères pour analyser l’évolution de la lutte de classe, dans ses formes, dans ses contenus ; l’évolution de l’état d’esprit des masses qui apprennent par leur propre expérience, et comment, à chaque moment important, le parti doit synthétiser les aspirations et les exigences des masses, à travers des mots d’ordre, des consignes de lutte, des formes d’organisation.

Savoir voir ce qui se développe et ce qui est déjà en train de devenir obsolète, ce qui freine et qu’il faut combattre ; savoir fixer des objectifs concrets, atteignables, en créant le rapport de force toujours basé sur la mobilisation des forces vives de la révolution, même quand elles ne sont pas conscientes d’être ces forces vives.

Ces critères sont ceux du matérialisme dialectique et historique, que Staline a parfaitement synthétisés dans un petit ouvrage, clair et facile à lire, qui fait partie des textes à connaître.

Il faut comprendre l’évolution de la lutte de classe pour agir dessus. Car il s’agit bien d’agir et pas seulement d’analyser.

Cela nous amène tout naturellement à l’analyse que fait notre parti de l’évolution de la lutte de classe; ce qui lui fait dire qu’aujourd’hui il est nécessaire de poser la question d’une rupture révolutionnaire, comme un objectif pour lequel nous devons travailler de façon consciente et organisée.

Car s’il n’y a pas de situation de crise révolutionnaire aujourd’hui, en France et au sein du système économique, politique, institutionnel, militaire, de l’impérialisme français, nous voyons se développer des mouvements, des fractures, qui peuvent devenir des éléments d’une crise révolutionnaire.

Nous voulons signaler plusieurs terrains sur lesquels se développent des mobilisations larges, qui peuvent encore s’élargir et créer un climat de tensions sociales et politiques, qui peuvent prendre un caractère aigue :

Le premier est bien évidemment celui de la lutte contre la politique néolibérale qui s’est encore durcie avec Macron, un président et une politique au service des riches et des patrons.

Ce combat court depuis 1995, avec la grande grève des cheminots et n’a jamais cessé depuis.

Plus récemment, il y a la succession des mobilisations ouvrières, syndicales, qui ont entraîné une partie de la jeunesse et qui ont eu le soutien de larges secteurs des masses populaires, en résistance à la loi El Khomri. Ces mobilisations ont tenu pendant des mois, malgré une répression policière sans équivalent depuis des années. Et on a vu apparaître des formes de résistance à la violence de l’Etat. Le « tabou » de la violence, le rejet, par principe de toute forme de violence de la part des manifestants, a été lézardé. Nous disons bien, a commencé à se lézarder.

Le mot d’ordre fédérateur de ces mobilisations, « retrait de la loi El Khomri », scandé sans cesse et même quand il était clair que le gouvernement Hollande n’allait pas retirer cette loi, portait une colère et une détermination politique qui exprimaient le rejet total, profond, de la politique sociale-libérale, dans tous les domaines. Une des traductions, sur le plan électoral, de ce rejet, c’est la défaite cinglante que le PS a subi à toutes les élections.

Mais ce qui a également grandi, dans la conscience de secteurs importants de la classe ouvrière, du mouvement syndical, de la jeunesse, c’est la nature de classe de l’Etat bourgeois : un Etat policier, un Etat des patrons. Avec Macron, cette réalité s’étale encore plus clairement.

Ces avancées n’ont pas disparu des consciences avec la venue de Macron, clairement identifié, depuis le début d’une campagne qui a traîné sur plus d’une année, comme le candidat des monopoles, des patrons. C’est, rappelons-nous, une des principales raisons pour laquelle notre parti a pris position pour l’abstention au deuxième tour des élections présidentielles.

La mobilisation contre les ordonnances n’est évidemment pas la répétition des mobilisations sociales antérieures : elle les prolonge et elle est en train de s’élargir à d’autres terrains, en résistance aux attaques généralisées, comme celle contre le logement social. Des regroupements jamais vus depuis longtemps, se réalisent, entre diverses organisations concernées et attaquées par cette politique.

La mise en place d’un Etat policier, un Etat qui cible toutes les contestations sociales, sous couvert de lutte contre le terrorisme, est un autre terrain de mobilisation qui n’a pas cessé. Il faut le souligner, car le pouvoir a cru qu’il en viendrait à bout, sous la pression du chantage au terrorisme. Non seulement cette mobilisation ne s’est pas arrêtée, mais il y a de plus en plus de forces qui intègrent dans ce combat contre la fascisation, la dénonciation de la politique de guerre que mène l’impérialisme français.

Le rejet de cette politique de guerre est dans les têtes, toutes les enquêtes d’opinion le montrent, mais elle a encore du mal à se concrétiser dans un mouvement de masse. De la même façon qu’il y a une opposition à la politique de ventes d’armes, à la militarisation de l’économie, au poids économique et politique des monopoles de l’armement croissant dans la société. De même qu’il y a une opposition à l’engagement de l’impérialisme français dans la politique de confrontation avec la Russie, dans le cadre de l’Otan et, aujourd’hui, de plus en plus, dans le cadre le l’Europe de la défense voulue par Paris et Berlin.

Sur toutes ces questions, ce n’est pas aujourd’hui l’ampleur de la mobilisation qui est l’élément déterminant pour nous, mais c’est le potentiel de contestation de l’impérialisme français dont elles sont porteuses. Autrement dit, c’est avant tout le rôle du parti, d’élever la conscience politique du mouvement ouvrier et populaire sur ces questions.

C’est pourquoi, elles doivent être posées de façon systématique dans tous les domaines de notre travail : dans les batailles politiques, dans le mouvement syndical, dans la jeunesse, parmi les femmes des milieux populaires, etc.

Nous voulons encore souligner deux terrains importants : celui de la crise coloniale et celui de la contestation de la domination de l’impérialisme français par les peuples d’Afrique notamment.

La crise coloniale se manifeste par les explosions sociales, les soulèvements populaires qui secouent les colonies françaises, notamment la Guadeloupe, la Martinique et plus récemment, la Guyane et demain, ce pourrait être la Kanaky.

L’impérialisme français maintient ces colonies et leurs peuples dans un état de dépendance coloniale qui crée une situation de profondes inégalités sociales et de discriminations politiques, culturelles, sur fond d’un contrôle policier et militaire constant. La possession de ces colonies, situées à des milliers de km de la métropole impérialiste, contribue à son affirmation de grande puissance au niveau international. La droite et la social-démocratie ne la remettent jamais en cause et à gauche du PS, à l’assemblée nationale, les positions qui s’expriment ne sont pas anticolonialistes et anti impérialistes.

Les mobilisations populaires dans les colonies ne peuvent que se développer, étant donné que le poids de la crise de l’impérialisme français pèse très lourdement sur les peuples. Développer la solidarité avec ces combats est non seulement un devoir internationaliste, mais c’est aussi travailler à l’affaiblissement de l’impérialisme français, à affaiblir sa capacité d’agression contre les peuples.

Enfin, nous voulons aussi souligner l’importance des combats des peuples qui subissent la domination de l’impérialisme français, notamment en Afrique. Nous avons parlé, au début, des maillons faibles de la chaîne impérialiste sur lesquels, nous devons frapper fort, pour les faire éclater. Un de ces maillons, c’est le Burkina Faso, où se développe depuis des années un processus de mobilisations, avec des insurrections populaires, comme ce fut le cas en octobre 2014, quand Compaoré a été chassé et que les troupes spéciales françaises l’ont exfiltré pour le soustraire à la colère populaire. L’élément déterminant dans le cas du Burkina, c’est la politique menée par le parti frère, le PCRV et ses organisations de masse, qui travaillent en profondeur pour organiser la classe ouvrière, la paysannerie, la jeunesse et tous les secteurs du peuple, en vue de la prise du pouvoir.

Un maillon faible, ce n’est pas d’abord un PIB, la taille du pays, le nombre de ses habitants… Bien sûr, tout cela joue, notamment pour ce qui est des conséquences économiques, politiques, géopolitiques … pour l’impérialisme que constitue la rupture d’un maillon. Mais pour les peuples, pour les révolutionnaires, pour les communistes, ce qui compte avant tout, c’est de travailler à la victoire d’un peuple dans son combat pour se débarrasser d’un régime vendu à l’impérialisme, c’est la victoire d’une révolution anti impérialiste et démocratique.

C’est dans cet esprit que notre parti a travaillé à développer la solidarité avec tous les processus révolutionnaires, comme celui du peuple tunisien, et de façon plus générale, avec les combats des peuples pour leur émancipation nationale et sociale, comme le vaillant peuple palestinien, et les peuples des néo-colonies françaises…

Faire connaître et soutenir ces processus, ces combats, qui ciblent l’impérialisme et plus particulièrement l’impérialisme français, contribuent à faire grandir la conscience révolutionnaire chez nous, dans la classe ouvrière, dans les masses populaires, dans la jeunesse.

 

Poser la question de la rupture révolutionnaire, cela ne veut évidemment pas dire que cette rupture révolutionnaire est au bout de chaque lutte, de chaque mobilisation, de chaque combat, qu’il soit sur le terrain de la lutte contre les ordonnances, de la lutte syndicale pour les salaires, les conditions de travail, contre la flexibilité et la course à la rentabilité… Ou les combats contre l’Etat policier, la répression et la criminalisation de la contestation sociale et politique. Ou contre les discriminations de toutes sortes dont sont victimes les femmes, dans la société en général mais aussi dans les entreprises. Ou contre l’Europe du Capital, de la réaction et de la guerre, Ou contre la politique de guerre menée contre les peuples, en Afrique, au Moyen Orient… ou celle à laquelle se prépare l’impérialisme français, dans le cadre de ses contradictions et ses rivalités avec d’autres puissances impérialistes.

Cela veut dire que nous pensons que tous ces fronts de lutte et de résistance, pris ensemble, débouchent sur la nécessité de rompre avec le système capitaliste impérialiste.

Cette conviction, nous voulons la partager le plus largement possible :

Nous avons voulu la partager avec vous tous et vous toutes, ici, dans ce meeting internationaliste, révolutionnaire, qui célèbre la Révolution socialiste de 1917.

Nous espérons que l’ensemble des contributions à ce meeting, les interventions politiques, celle des jeunes de l’UJR ; les prestations culturelles, les discussions déjà entamées et qui vont encore se poursuivre, les livres et les documents que vous aurez achetés, vous donneront envie de vous engager, avec nous dans cette tache immense et exaltante de diffuser l’esprit révolutionnaire autour de vous, auprès de vos camarades de travail, dans vos quartiers, dans vos cités, ici et partout dans le monde, avec nos camarades des partis frères, les représentants des organisations qui nous ont fait l’amitié de nous accompagner ;

Que celles et ceux qui se reconnaissent dans ce combat viennent renforcer les rangs de notre parti :

Qu’ensemble, nous travaillons à faire grandir la conscience de la nécessité de la révolution

Qu’Ensemble,  nous travaillons à l’organiser

Vive le marxisme léninisme

Vive la conférence internationale des partis et organisations marxistes léninistes

Et vive la grande révolution socialiste d’Octobre 1917

 

(1)

Les Partis et Organisations Marxistes Léninistes d’Europe qui ont participé à la table ronde sont les suivants :

L’Organisation pour la construction du Parti Communiste Ouvrier d’Allemagne (Arbeit Zukunft) ;

Le Parti Communiste des Ouvriers du Danemark, APK ;

Le Parti Communiste d’Espagne (marxiste léniniste) ;

Le Mouvement pour la Réorganisation du Parti Communiste de Grèce 1918 1955 Anasyntaxi ;

La Plate Forme Communiste pour le Parti Communiste du Prolétariat d Italie ;

Le Parti du Travail de Turquie EMEP.