Mayotte : une colonie en crise profonde

Déclaration de l’Union des Travailleurs Guyanais sur le mépris colonial de Macron
7 novembre 2017
Succès de la marche des solidarités
18 mars 2018

Depuis le 20 février, le département de Mayotte est paralysé par des grèves, des barrages et des blocages de routes. La « ministre des outre mer » n’est arrivée que le 12 mars dans l’archipel pour « renouer le dialogue », alors que le Premier ministre, à l’Assemblée, a dit « découvrir une situation démographique qu’il ignorait » tout en annonçant l’envoi de gendarmes. Il s’est dit surtout soucieux du bon déroulement des élections législatives partielles du 18 mars prochain ! Cette priorité pour une élection partielle et l’envoi de gendarmes, au moment où une grande partie de la population est exaspérée et manque de tout, en dit long sur la volonté du gouvernement à répondre à leurs exigences. Quant à Macron, en visite en Inde, il était visiblement trop occupé à annoncer des signatures de contrats d’armes et d’EPR et à mettre en scène ses bonnes relations avec le premier ministre ultranationaliste Modi. Le porte parole du gouvernement a, quant à lui, annoncé crânement devant les micros que la rentrée scolaire aurait bien lieu, normalement, à Mayotte, le lundi, alors que les enseignants sont très mobilisés.

Ces déclarations pleines de désinvolture et de morgue rappellent le « bon mot » de Macron, sur les petits bateaux, les kwassa-kwassa, qui « pêchent peu » et qui « ramènent du Comorien ». Il venait d’être élu (juin 2017) et étalait déjà son mépris de classe vis-à-vis des populations en détresse. Celles qui s’entassent sur ces embarcations pour essayer de gagner Mayotte et celle des habitants de Mayotte qui vivent dans l’insécurité et qui sont sortis dans les rues pour demander à l’Etat français d’assumer ses responsabilités.

C’est pourquoi, une grande partie des revendications portées par le « collectif d’habitants et de citoyens » de Mayotte portent sur ces questions : mettre fin aux vols, aux agressions, au racket sur les routes dont les victimes sont les élèves, les familles souvent elles mêmes pauvres. Ce n’est pas un hasard si les femmes, les mères de famille sont nombreuses sur les barrages. Ce n’est pas non plus un hasard si ce sont les « étrangers », celles et ceux qui viennent des autres îles des Comores, indépendantes, qui sont accusés de cette situation.

Le gouvernement pense peut être s’en sortir en envoyant des gendarmes supplémentaires et en créant un statut spécial, « d’extraterritorialité » pour la maternité de Mayotte, pour que les enfants qui y naissent n’aient pas la nationalité française ! Il va également enfourcher le thème de la lutte plus intransigeante contre « l’immigration illégale », dans la droite ligne du projet de loi Collomb.

Ce qui se passe à Mayotte a de nombreux points communs avec ce qui se passe dans les autres colonies françaises : Guyane, Martinique et Guadeloupe, la Réunion et la Kanaky, même si, à Mayotte, la majorité de la population revendique l’appartenance à la métropole. Mais ces Français, sont à l’évidence, des « Français de second rang » qui exigent les mêmes droits, qui leur sont refusés, alors que cette île est française, notamment depuis 1974. A cette date, une consultation sur l’indépendance a eu comme résultat, à Mayotte, l’attachement à la France, à l’inverse des trois autres îles qui ont formé ce qui s’appelle aujourd’hui l’Union des Comores.

La crise générale de l’impérialisme français accroît la crise coloniale, qui elle-même l’alimente. L’impérialisme français est dans une contradiction : il a besoin de « ses » colonies, pour maintenir son rang international, mais il a de plus en plus de difficultés à maintenir son système de domination colonial. Et cette situation provoque des explosions et des mobilisations sociales et politiques, comme celle qui secoue aujourd’hui Mayotte.

La question de l’avenir des colonies françaises ne va pas cesser de se poser

Le projet de référendum sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie entre dans une nouvelle phase. Une mission d’information parlementaire, conduite par Valls, député mal élu de LRM, dans le Val d’Oise, ancien premier de l’intérieur, puis premier ministre de Hollande, vient de rendre son rapport. « A titre personnel », mais devant tous les micros, Valls s’est permis de donner son avis : la Nouvelle Calédonie doit rester française ! Singulière mission d’information qui n’informe pas mais prend position, par delà les dénégations de ses membres (1).

Cette question fait partie des terrains sur lesquels notre parti a décidé de s’engager cette année.

 

Nous conseillons les textes suivants,

Le 25 mars 2017 : à propos du mouvement en Guyane :

http://www.pcof.net/guyane-emeutes-sociales/

Le 14 avril 2016, à propos des émeutes à Mayotte :

http://www.pcof.net/solidarite-travailleurs-syndicats-peuple-de-mayotte/

 

Note

  • La FI ne participe pas à cette mission d’information parlementaire, JL Mélenchon ayant démissionné suite à la nomination de Valls à sa tête.