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Allemagne : solidarité avec la grève des conducteurs de train pour les salaires

Comme en France, le capital veut faire payer la crise aux travailleurs. Même politique du « quoi qu’il en coûte ». L’important mouvement des conducteurs de train de la Deutsche Bahn (entreprise publique allemande des chemins de fer) a paralysé une grande partie du trafic ferroviaire en août et se poursuit actuellement. L’article ci-dessous a été rédigé à partir d’un article du journal de notre organisation sœur, Arbeit Zukunft qui expliquent la grève et son contexte syndical et politique difficile et appellent à la solidarité.

Les conducteurs de train de la Deutsche Bahn (DB), reconduisent leur grève pour une troisième fois. Entre le 10 et le13 août, puis entre le 22 et le 25 août, ils avaient déjà bloqué une grande partie des trains de marchandises et une partie des trains de voyageurs. Ils sont regroupés dans le syndicat GDL (Gewerkschafft der Deutschen Lokführer – Syndicat des conducteurs de train), membre du syndicat de branche EVG (Einsenbahn -und Verkersgewerkschaft – Syndicat des Cheminots et des Transports).

Malgré les pressions et les attaques, la grève avait été votée à 95%. Une grève dynamique et offensive. C’est la base du syndicat des conducteurs de train qui l’a décidé, débordant ainsi la direction du syndicat, au moment des négociations salariales. Et la grève a débuté dans la foulée. 70 % des lignes nationales, 60% des lignes régionales ont été paralysées. Et dans les provinces de l’Est, c’est plus de 80%.

Leur revendication principale : 3,2% d’augmentation des salaires et une prime « covid » de 600 euros. Un rattrapage de 1,4 % rétroactif au 1er avril 21, avec un minimum de 50€ et 1,8% en avril 2022, ainsi que la prime « covid » encore cette année. Cela suffira à peine pour rattraper l’inflation qui se situe à 3,9%. Même si la revendication reste relativement « modérée » et se base sur les accords négociés dans la fonction publique en Allemagne, les grévistes se font attaquer de tous côtés.

Le président du comité d’entreprise accuse les grévistes. Pour lui, « cette lutte pour une augmentation de salaire est du poison pour l’unité et la cohésion sociale de la grande famille des cheminots ». Quand un patron utilise le terme de « grande famille », cela sent le roussi. Car de quelle « famille » s’agit-il au vu des conditions de travail des cheminots ?

Le directeur du personnel manie démagogie et provocation quand il déclare devant la presse qu’il a répondu favorablement depuis un moment aux revendications salariales ; il dit être à l’initiative de l’idée de la prime « covid », mais pas en un versement. Mais il « oublie » d’en préciser le montant ! Il reste sur une proposition d’échelonnement des augmentations sur 40 mois à partir de novembre 2022 ! Son objectif est de décrédibiliser le syndicat qui serait celui qui bloque et qui divise. Pour les travailleurs, ce qui est en question c’est une perte de pouvoir d’achat très importante !

Ce qui met le feu aux poudres c’est un troisième mouvement de grève qui vient d’être voté. Les conducteurs prévoient de se mettre en grève entre le 2 et le 7 septembre.

Se rajoute à la perte de pouvoir d’achat, les menaces sur la retraite de tous les cheminots. L’accord de branche signé par le syndicat de branche EVG, autorise une baisse de la retraite complémentaire, une première dans le cadre des négociations dans la fonction publique en Allemagne. Les membres de la direction des chemins de fer empochent jusqu’à 20 000 euros mensuels, l’entreprise se lance dans des projets immobiliers fabuleux, dont celui de Stuttgart 21, et les conducteurs de train devraient laisser 56,95 € sur les 150€ qu’ils touchent en complément retraite. Le responsable du syndicat GDL réagit virulemment « C’est le bouquet. Une telle injustice est inadmissible. Les cheminots ont dû travailler dans des conditions difficiles face au covid pour des transports fiables et sûrs. Ils ont droit à la reconnaissance et l’estime et non à des attaques publiques ».

Dénigrements et menaces  

Les grands médias, alimentés par les patrons de la DB et certains politiques déversent leur poison. « La grève désorganiserait le pays et se dresserait contre les voyageurs ! La GDL serait malhonnête, car le syndicat a participé avec le EVG aux négociations de branche ! L’objectif de la lutte ne serait qu’un bras de fer entre le syndicat GDL et la branche ! » Les médias ne disent pas un mot sur la politique de la direction de la DB et celle du ministre des transports (CSU). Les menaces viennent aussi du côté des directions syndicales. Le président du syndicat de branche (EVG) qualifie publiquement cette grève comme étant une catastrophe : « La paix sociale dans l’entreprise n’est pas seulement en danger, elle est quasiment détruite dans beaucoup de domaines… ». Cela apporte de l’eau au moulin des accusations patronales. Côté DGB, un des responsables déclare au « Spiegel » (quotidien national de droite) qu’il remet en cause la légalité de la grève (1). Il s’appuie pour cela sur une loi qui en Allemagne interdit aux syndicat minoritaire de faire grève. Le responsable du DGB se positionne en défenseur de la « loi » contre la lutte des conducteurs et contre toute solidarité, provoquant division au sein des travailleurs et déstabilisation. La conséquence de cette politique : faire taire les revendications et les luttes des petits syndicats pour privilégier la négociation avec les grosses branches et le DGB. Les attaques se poursuivent et le patronat de l’industrie (BDI) sort des propositions pour réduire encore davantage le droit de grève. Selon lui « Les annonces d’autres grèves envoient un mauvais signal au mauvais moment. Ces grèves vont être un énorme fardeau, non seulement pour l’économie mais pour toute la société ».

Appel à la solidarité

Dans certaines villes comme à Hambourg, des usagers soutiennent le mouvement, avec pancartes « Nous soutenons les revendications justes des cheminots ! ». Les camarades allemands appellent les grévistes à ne pas lâcher et ne pas se laisser intimider : la grève est légitime ; elle reste le seul moyen pour défendre conditions de travail et salaires. Ils appellent les travailleurs à la solidarité et à lutter contre la tentative de division au sein des chemins de fer ; à se dresser contre les menaces contre le droit de grève et contre cette loi sur les négociations salariales, une loi liberticide. Ils exigent : « Suppression de la loi sur les négociations salariales ! Tous ensemble contre le capital ! »

En Allemagne les négociations salariales sont très encadrées par la loi, et l’ancienne ministre SPD du travail avait fait passer une loi en 2015 qui avait pour conséquence de réduire au silence les « petits » syndicats.

Solidaritätsaktion mit den streikenden Kolleg/innen der GDL in Hamburg

Nous sommes en grève