La Tunisie à la veille de jours sombres : appel à la RÉSISTANCE

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Nous publions le texte qu’un camarade de la direction du Parti des Travailleurs (PT) de Tunisie nous a transmis. Daté du 8 juillet, il fait l’état de la situation, suite aux décisions réactionnaires, anti populaires et contre révolutionnaires du président Kais Saied.

Il a suffi une année à Kais Saied pour venir à bout de ce que les Tunisiens ont imposé, de haute lutte, aux forces contre-révolutionnaires qui s’étaient emparées de l’appareil de l’État à la suite de la fuite du dictateur Ben Ali, un certain 14 janvier 2011. En effet, bien que majoritaires dans les trois législatures, ces représentants de la bourgeoisie compradore – les islamistes en tête et leurs alliés successifs – n’ont pas pu imposer un régime religieux, comme ils le souhaitaient. Plus encore, ils ont dû concéder – ne serait-ce que par manœuvre – aux forces démocratiques une constitution qui, dit-on, n’a pas de semblable dans la sphère arabo-islamique où les textes fondamentaux ploient sous les poids de la religion.

Mais cela était-il suffisant pour que la fameuse « transition démocratique » puisse profiter aux classes populaires ? Non, pas du tout. Ce qui s’est passé durant la dernière décennie est allé à l’encontre des aspirations populaires : détérioration désastreuse du niveau de vie des classes populaires, accroissement de la pauvreté, du taux de chômage, de l’endettement, de tous les maux sociaux (violence, banditisme, drogue, alcoolisme excessif, suicides…) ; accroissement aussi de la corruption, du népotisme, des régionalismes, du terrorisme. L’instabilité politique n’a fait qu’aggraver la situation : 10 gouvernements en 10 ans. C’est-à-dire que le pays a vécu dans une situation de crise continue, et surtout une crise qui semblait être sans issue claire.

Les protestations qui ne s’étaient pas arrêtées un seul jour étaient incapables de venir à bout de ce système de gouvernance car elles étaient locales, ou sectorielles et portaient sur des revendications économistes partielles, même quand elles brandissaient des slogans politiques qui réclamaient le départ de cette composante ou l’autre du système (limogeage du gouvernement, dissolution du parlement…). Ce malaise a trouvé son expression criante dans l’élection à la Présidence de la République en 2019 d’un certain Kais Saied, un homme sans passé politique, ni parti ni programme. Un populiste consacré qui a pu drainer la foule au moyen de slogans vagues et obscurs et une stigmatisation systématique de la classe politique, en mettant dans le même sac ceux qui ont régné durant la décennie et ceux qui se sont opposés à eux. Ce vote sanction que le président élu a pris pour un plébiscite va l’encourager à manœuvrer pour mettre en place son alternative.

Après avoir œuvré au pourrissement de la situation politique à travers les querelles incessantes avec le parlement d’une part et le gouvernement d’une autre, querelles qui portaient sur les prérogatives, il a procédé le 25 juillet 2021 à un coup de force par lequel il a suspendu le parlement et limogé le gouvernement. Plusieurs autres étapes vont se succéder. Le 17 décembre 2021, date anniversaire du déclenchement du processus révolutionnaire, il a annoncé les étapes de sa feuille de route :

  • Organisation d’une soi-disant consultation populaire par voie électronique dont les résultats fixeraient les choix de son nouveau régime. Celle-ci, qui s’est déroulée entre le 1er janvier et le 20 mars, s’est soldée par un échec cuisant puisque le nombre de participants, malgré la campagne de propagande et les moyens publics mis à sa disposition, n’a pas dépassé 7℅ du corps électoral.
  • Les résultats de cette consultation ratée, connus à l’avance, devaient servir à une commission de juristes désignés par le président pour rédiger une nouvelle Constitution et un nouveau Code Électoral qui seront soumis à un référendum le 25 juillet 2022 (date anniversaire de son coup d’État).
  • L’organisation d’élections « législatives » ( ?!) le 17 décembre.

        La publication le 30 juin du texte de la Constitution du Président a soulevé un tollé, non seulement parmi les forces progressistes et démocratiques mais même parmi ceux qui avaient soutenu son coup de force du 25 juillet qui, disaient-ils, a eu le mérite de mettre fin au pouvoir du parti islamiste et ses alliés. Il s’agit en effet d’une constitution qui instaure un régime présidentialiste où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme et où les pouvoirs législatif et judiciaire, réduits en simples « fonctions » n’ont aucune indépendance vis-à-vis du Président. C’est lui qui désigne à toutes les fonctions et à tous les niveaux. Une constitution qui prévoit la suppression de toutes les instances de contrôle ou de régulation. Il en est ainsi de « l’Instance de Lutte contre la Corruption », « l’Instance Supérieure de la Prévention de la Torture », « la Haute Autorité Indépendante de La Communication Audiovisuelle », toutes consacrées par la Constitution de 2014. Les seules qu’il a gardées ce sont « le Conseil Supérieur de la Magistrature », « l’Instance Supérieure Indépendante des Élections », « la Cour Constitutionnelle », mais avec un amendement majeur, c’est que tous leurs membres sont désignés par le Président de la République.  

Plus grave encore, la suppression de toute référence à la laïcité de l’État mentionnée dans l’article 2 de la Constitution de 2014 et l’insertion d’un nouvel article qui fait de  la Tunisie une composante de la Communauté (la Oumma) Islamique et qu’il est par conséquent du devoir de l’État de veiller à l’application des finalités de l’Islam. Imaginez ce que la mise en œuvre d’un tel article pourrait avoir comme conséquences sur toute la législation tunisienne considérée par tous comme un point de lumière dans l’obscurité régnante dans notre sphère géographique et culturelle. En un mot Kais Saied a introduit dans son texte tout ce que les Islamistes étaient incapables d’imposer dans une Assemblée qu’ils dominaient. Et quelle que soit l’issue du vote du 25 juillet prochain, quel que soit le nombre de participants au scrutin (rappelons que le président considère comme très réussie sa consultation électronique organisée entre janvier et mars derniers et qui n’a mobilisé que 7% du corps électoral)

Les jours à venir s’annoncent plus sombres, mais les secteurs décisifs de la société ne se sont jamais résignés et les appels à la RÉSISTANCE se multiplient. Les forces révolutionnaires, les marxistes-léninistes en tête, doivent être à la hauteur de la mission pour donner son caractère de classe à la lutte à venir.

Tunis le 9 juillet 2022