Succès du week-end de commémoration de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, à Berlin

Déclaration sur la montée de la violence fasciste dans les villes jumelles, Minneapolis et St Paul
28 janvier 2026

Les camarades d'Arbeit Zukunft, d'Emep, et l'UP du Brésil, à la banderole de tête, avec les autres représentants d'organisations.

4 000 participants à la conférence Rosa Luxemburg samedi et plus de 10 000 à la manifestation dimanche : le week-end commémoratif a attiré un public nombreux et particulièrement jeune.

Début décembre, il semblait encore que la manifestation vers le Mémorial des socialistes (1) ne pourrait pas avoir lieu en raison d’un chantier, mais elle a finalement suivi son itinéraire habituel. Selon la police, qui avait annoncé 3 000 participants l’année dernière, ils étaient 8 000 cette année. En réalité, plus de 10 000 personnes auraient participé à la manifestation. Les jeunes étaient particulièrement nombreux parmi les participants.

Le groupe des jeunes (Jugendblock), organisé entre autres par la SDAJ (2) et la SDS (3) s’est concentré sur la lutte contre le service militaire obligatoire. Il a connu une participation accrue. Il en va de même pour l’IJV (alliance internationale des jeunes) et l’organisation de jeunesse de la DIDF, qui ont fait le lien entre la lutte contre le réarmement – sous l’angle de la campagne « Il est temps d’agir contre le racisme, le réarmement et le démantèlement social » et la lutte pour l’emploi, l’éducation et l’avenir.

Les blocs d’autres organisations telles que le Kommunistischer Aufbau (Construction communiste) (4) et le Parti communiste (5) ont également vu le nombre de participants augmenter, tout comme le bloc commun de la Rote Jugend (Jeunesse rouge) (6), de Perspektive Kommunismus (Perspective communiste) (7) et du Bund der Kommunisten (l’Union des communistes).

La majeure partie de la manifestation était composée de jeunes, et les participants plus âgés et les partis tels que le DKP et le MLPD (8) étant moins nombreux.

Comme chaque année, la manifestation était fortement marquée par des slogans généraux, mais les références et les revendications actuelles étaient également présentes, notamment la lutte contre le service militaire obligatoire et l’attaque des États-Unis contre le Venezuela.

La composition de la manifestation n’est pas une surprise : si on observe une certaine droitisation, on observe également chez les jeunes une tendance à se tourner vers la gauche. Cette tendance s’exprime également dans leur comportement électoral et est renforcée par des mouvements tels que celui contre le service militaire obligatoire et le mouvement de soutien à la Palestine.

Ceci dit, il existe toujours de grandes différences dans la manière dont la manifestation est utilisée et célébrée. D’un côté, il y a des comportements qui conduisent à la marginaliser, ce qui fait qu’elle a peu de prise sur le mouvement large de la jeunesse. Cela se traduit par des blocs fermés, ayant une attitude militariste, avec des cagoules, qui envoient le message : ceux qui ne sont pas initiés n’ont rien à faire dans cette manifestation. Or, il est aujourd’hui plus que jamais essentiel de montrer clairement à l’extérieur, lors de la manifestation commémorative, que les revendications et les thèmes des manifestants concernent l’ensemble de la jeunesse.

Des discussions ont eu lieu la veille dans le cadre des différentes initiatives et des programmes proposés. La conférence Rosa Luxemburg, qui a réuni 4 000 participants, s’est penchée, dans un premier panel, sur la question « Que faire contre le réarmement, la militarisation et la menace de guerre ?». Le panel jeunesse a traité de la lutte contre le service militaire obligatoire et plusieurs contributions ont traité des questions sur les développements internationaux, comme celui de l’aggravation de la situation politique aux États-Unis ou le génocide en Palestine.

Les divergences sont apparues clairement lors du débat principal, auquel ont participé Jan Dieren (SPD), Tatjana Sambale (DKP), Yusuf As (DIDF), Nadja Rakowitz (Association des médecins démocrates (VdÄÄ)) et Ulrich Thoden (Die Linke).

T. Sambale s’en est pris violemment à Dieren et Thoden et à leurs partis respectifs, ce qui lui a valu des applaudissements, mais n’a pas eu de grand effet sur le public largement antimilitariste. L’accent a été mis sur les différences entre le DKP, die Linke (Parti de gauche) et le SPD plutôt que sur la question du rôle que peuvent jouer les membres pacifistes de ces partis dans le mouvement pacifiste.

Le caractère du mouvement pacifiste qui s’exprime sous la forme d’une alliance, dans laquelle, dans le meilleur des cas, des forces très diverses se réunissent derrière des revendications essentielles, a ainsi été relégué au second plan. La représentante du DKP, T. Sambale, n’a pas manqué de critiquer le représentant de la DIDF, quand celui-ci a souligné que la Chine et la Russie ne pouvaient pas être considérées comme des puissances pacifiques, contrairement à ce que de nombreuses forces ont affirmé lors de la conférence.

La classe ouvrière et la jeunesse sont les forces de la paix, c’est pourquoi le mouvement pacifiste doit s’appuyer sur elles.

Le fait que T. Sambale soit intervenue de cette façon est sans doute lié aux tensions au sein de son propre parti, en particulier chez les jeunes, qui ne partagent pas toujours la ligne du DKP. Elle a donc réitéré son opinion selon laquelle la Chine et la Russie sont des forces de paix n’ayant aucune visée impérialiste et qu’une politique de paix doit s’orienter vers ces forces. Cette opinion a également été exprimée la veille, dans le programme du DKP, auquel ont participé des représentants des ambassades, notamment celle de Chine.

En même temps, elle a insinué que l’orateur précédent niait l’agressivité des États-Unis, ce qui n’était évidemment pas le cas, et qu’il se livrait à une « campagne de dénigrement contre la Chine et la Russie ».

La réaction dans la salle, où plusieurs milliers de participants étaient présents, a toutefois montré que ce point de vue n’était pas partagé par tous.

Compte tenu de l’importance du mouvement pacifiste en Allemagne, il sera essentiel de poursuivre le débat sur cette question et de rompre avec l’illusion d’un ordre mondial pacifique et multipolaire défendue par le DKP. Dans le même temps, les participants à la table ronde ont conclu à l’unanimité que la construction d’un mouvement pacifiste fort devait être une tâche commune, à laquelle toutes les parties devaient aujourd’hui consacrer leurs efforts.


(1) Le Mémorial des socialistes est situé dans le cimetière central de Berlin. C’est là que les dirigeants communistes, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, assassinés le 15 janvier 1917, sont enterrés. Depuis de nombreuses années, une manifestation a lieu le deuxième dimanche de janvier.

(2) SDAJ, jeunesse socialiste des travailleurs allemands, est une organisation liée au DKP.

(3) SDS, Union socialiste allemande des étudiants, liée au SPD.

(4) Kommunistischer Afbau est une organisation d’extrême gauche radicale. Elle a beaucoup de jeunes dans ses rangs.

(5) Le Parti Communiste, KP, est issue du DKP. Il défend Staline et considère que l’URSS et l’Allemagne de l’Est étaient socialistes, jusqu’à leur disparition.

(6) Rote Jugend est une organisation maoïste.

(7) Perspective communisme est une organisation qui fait preuve de sectarisme.

(8) MLPD : Parti Marxiste Léniniste d’Allemagne, fondé en 1982.