LES BILLETS DE LA FORGE Billet du 24 Juin 2009
LES BILLETS DE LA FORGE Billet du 17 Juin 2009
Premier bilan des élections européennes
L'abstention a battu un record, en dépit de l'intense campagne médiatique et politique pour faire voter les électeurs potentiels.
L'abstention a été très majoritaire dans les milieux populaires. C'est un nouveau désaveu pour la construction européenne et pour les partisans du "oui" au TCE et à l'Europe néo-libérale et social-libérale. Au moment du référendum, les masses populaires, les masses travailleuses en avaient saisi l'enjeu et s'étaient mobilisées pour aller faire massivement gagner le "non" à l'Europe néolibérale.
Avec un tel taux d'abstention, les résultats sont en fin de compte le reflet de la mobilisation de la base électorale des différentes forces politiques.
Le résultat de l'UMP montre que Sarkozy a encore bénéficié d'une partie des voix d'extrême droite et qu'il arrive à maintenir une certaine unité de la droite. Le faible score du Modem montre qu'il n'apparaît pas comme une alternative pour la droite qui a des désaccords avec Sarkozy, notamment dans la mise en place de l'Etat Sarkozy, l'Etat policier. Mais le résultat montre que Sarkozy et son parti sont largement minoritaires, contrairement à ses fanfaronnades.
La manoeuvre pour essayer de donner un enjeu à ces élections, à travers la polémique entre le Modem et les Verts a favorisé les Verts. Il n'est pas anodin que le film d'Artus Bertrand, sur la question écologique, diffusé gratuitement, ait été projeté à la veille des élections. Le parti des Verts est sans doute apparu comme le plus crédible sur cette question. L'environnement devient une question centrale du débat politique et de société. C'est un vrai problème, mais il peut aussi devenir un dérivatif aux questions fondamentales de la crise du système capitaliste, la grande absente de cette campagne. Comme on l'a vu lors des débats télévisés suite à l'annonce des résultats, des regroupements, des alliances commencent à se dessiner, les Verts devenant un partenaire courtisé.
Le PS continue sa descente aux enfers. Il paie ses divisions, son absence d'alternative politique qui rompe avec la politique néolibérale. Il paie sa politique au parlement européen qu'il cogère depuis des années avec le parti populaire (PPE).
Le "front de gauche" réussit à dépasser le NPA, mais chacun paie la division et la surenchère qu'elle a alimentée.
Quant au FN, qui a tenu un discours en direction des secteurs touchés par la crise, il a limité l'érosion de son électorat.
Après ces élections européennes, les priorités sont évidemment à la construction du front de résistance à la politique de Sarkozy, pour refuser de payer la crise. Cela nécessite de travailler à l'unité de toutes les forces qui sont prêtes à engager ce combat.
Les résultats sont sensiblement identiques au niveau des autres pays de l'UE. L'abstention est partout très forte et les partis socialistes sont à la baisse, payant leur "engagement européen" au service des monopoles et de la réaction.
EDITORIAL DE LA FORGE - JUIN 2009 Construire le front politique et social de rupture avec le capital en crise
Au moment où l'essentiel du potentiel militant des partis était mobilisé par la campagne pour les élections au parlement européen, les producteurs de lait bloquaient les laiteries des grands groupes et allaient vers les clients des grandes surfaces, l'autre responsable de la baisse du prix.
Le ministre de l'agriculture n'avait pas le temps de s'en occuper ; il faisait campagne pour l'Europe au service des ces mêmes Lactalis - Entremont et autre Carrefour qui étranglent les paysans.
Nous n'opposons pas campagne électorale et mobilisations des travailleurs des villes et des campagnes, de la jeunesse étudiants, des enseignants, des personnels de la santé, etc. Mais comment parler de "l'Europe sociale" ou de l'Europe qui doit "protéger"... et essayer de la "vendre", alors que c'est bien la politique de l'UE qui organise la concurrence depuis des années -et qui continuera à le faire- qui est en grande partie responsable des conséquences antisociales combattues dans la rue, sur les campus et dans les campagnes !
L'abstention massive dans les milieux populaires trouve là son explication. Comment accuser les masses de se désintéresser de la politique, alors que des bataillons entiers sont dans la rue, cherchent à en entraîner d'autres, se solidarisent avec les luttes des autres usines, des autres facs, des autres hôpitaux..., font des centaines de kilomètres, même au-delà des frontières, pour se solidariser avec les travailleurs du même groupe.
C'est une des grandes questions que toutes les forces qui veulent lutter contre le libéralisme, qui disent et écrivent que "ce n'est pas aux travailleurs et au peuple de payer la crise" ... doivent se poser, car la lutte politique coupée de la mobilisation sociale est vouée à l'échec.
Dignité, Unité, Solidarité
C'est ce que montre la classe ouvrière, dans ses combats pour se défendre contre les attaques du capital. Certains de ces combats ont obligé le patronat à reculer, à lâcher beaucoup plus que ce qu'il ne le voulait. Les Conti ont arraché des indemnités importantes, avec un socle identique pour tous, 50 000 euros, quelle que soit l'ancienneté dans l'usine. C'est une position de classe, consciente, pour sceller l'unité entre jeunes et moins jeunes, unis dans la lutte. C'est la conscience de classe qui fait réfléchir en terme d'intérêts collectifs, du "tous ensemble" et qui veut se transmettre de génération d'ouvriers en génération d'ouvriers, les plus anciens donnant l'exemple de la solidarité aux plus jeunes qui auront d'autres combats à mener.
Ces "50 000 euros pour tous" sont promis à un bel avenir, comme les "300 euros pour tous" des travailleurs de Guadeloupe qui se sont dressés contre la pwofitasion.
Ces 50 000 euros, c'est en quelque sorte un "acompte" dans le combat général de la classe ouvrière et des masses populaires, pour l'interdiction des licenciements, combat qui nécessite la construction d'un front social et politique de grande ampleur. Car il est bien évident qu'aucune lutte à elle seule, aussi déterminée soit elle, ne pourra l'imposer pour l'ensemble de la classe ouvrière.
Les Conti, et d'autres, donnent aussi une leçon de solidarité internationale, par-dessus les frontières, en allant à la rencontre de leurs camarades d'Allemagne qui, eux aussi, se battent et aspirent à ce que les luttes convergent, se soutiennent mutuellement et aillent dans le sens d'un "tous ensemble". C'est le message porté par les milliers de manifestants qui se sont saisis des mobilisations de la Confédération européenne des syndicats (CES), alors que celle-ci est une véritable institution de l'UE. C'était ce qui s'était déjà passé en 2005, quand des dizaines de milliers de manifestants de tous les pays s'étaient retrouvés à Strasbourg, contre la directive "Bolkestein", alors que la CES les appelaient à demander plus d'Europe sociale et que, comble d'ironie, elle était pour le "oui" au traité européen !
Il faut rappeler ces grands moments du combat de la classe ouvrière, car la machine à décerveler, à formater les consciences, à détourner l'attention, continue à tourner à plein régime.
Depuis l'éclatement de la crise du système tout entier, le front de la lutte de classe s'est garni de nouveaux bataillons : aux côtés des ouvriers - français, immigrés, sans-papiers, il y a les jeunes, les travailleurs du secteur public de l'enseignement, du primaire à l'université, les travailleurs de la santé, et aujourd'hui, il y a les paysans. Sans oublier les forces, notamment chez les travailleurs sociaux, qui sont mobilisées contre la politique sécuritaire, du tout-policier, du flicage et de la criminalisation de la contestation sociale et de la pauvreté, ni celles qui ont commencé à dénoncer la militarisation de la société, sur fond de bruits d'avions, de bombes et des chars français otanisés, en Afghanistan. Sans oublier enfin la contestation qui ne cesse de monter contre les politiques du profit des monopoles pollueurs, du lobby nucléaire qui veut relancer la course au KW électronucléaire, au détriment de la santé des hommes et de la planète.
Nous avons-là les grands axes d'un programme de front de rupture avec le système condamné par sa propre crise, mais qui ne s'écroulera pas de lui même.
Il faut s'y mettre, discuter et l'élaborer ensemble, en premier lieu entre forces politiques, mais en associant toutes les forces sociales qui se battent sur ces terrains, en lien étroit avec le développement de la lutte de classe, au niveau national et international. |